Paroles d’élues

Pour donner corps à la mobilisation des femmes dans les territoires au-delà des rencontres organisées, pour enrichir la réflexion de toutes et tous avec l’expérience d’élues, cette page du site donne librement la parole à des élues locales rencontrées par Elles aussi au long de la campagne de mobilisation pour les élections municipales 2020.

Deux formes de participation sont possibles :

  • Ecrire un témoignage libre (au plus 2500 caractères)
  • Répondre, anonymement ou pas selon son gré, à une interview par courrier électronique comportant 3 questions d’Elles aussi.

Dans les deux cas, il suffit que la personne se situe par ses fonctions actuelles, les mandats de son parcours s’il y a lieu, le département, la populationde la commune et celle de l’intercommunalité.

 

En ouverture, une contribution de Françoise Ramond, présidente d’Elles aussi entre 1997 et 2001, actuellement sénatrice d’Eure -et- Loir, après avoir été maire d’Epernon, présidente de l’intercommunalité du Val Drouette puis de celle des Portes Euraliennes d’Ile de France, après les fusions de 2017.

C’est grâce à l’encouragement des élues rencontrées à « Elles aussi » que j’ai débuté ma vie politique en 1995 en figurant pour la première fois sur une liste à Epernon, en Eure-et-Loir, et devenant adjointe. En 2001, je suis devenue maire puis présidente de communauté de communes.

Les élections municipales de 2020 approchent. Vous êtes adjointe ou conseillère municipale, responsable d’associations ou habitante d’un village. Vous connaissez la vie de vos concitoyens leurs aspirations et leurs demandes car vous n’hésitez pas à nouer le contact. Vous avez déjà l’habitude de réfléchir avec d’autres pour améliorer la vie quotidienne de vos concitoyens.

Alors n’hésitez pas, constituez votre liste, paritaire, bien entendu. Réunissez une équipe de personnes différentes qui s’apprécient et sont heureuses de travailler ensemble. Car le travail d’un.eélu.emunicipal.e est essentiellement bénévole. Il faut avoir du plaisir à le faire.

Chaque personne, femme ou homme, a des compétences. Soyez attentive à varier les compétences dans votre équipe et élaborer votre projet avec tous.

Ce projet, au service de tous les habitants, annonce concrètement les réalisations à mettre en œuvre dans les 6 ans à venir.

Bon courage et demandez conseils et encouragements aux élues de « Elles aussi »

Paris, au siège d’Elles aussi, le 22 mai 2019


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Trois questions à Véronique, conseillère municipale dans une commune de 4008 habitants faisant partie de la métropole européenne de Lille (Nord).

Le système d’élection au suffrage universel par liste paritaire, que la loiétendrait  à toutes les communes, y compris celles de moins de 1000 habitants vous paraît-il  un bon moyen pour augmenter le nombre d’élues en 2020,  et pourquoi ?

 

Je suis élue minoritaire à mon grand regret. Je pense que les lois pour la parité ont permis une avancée des femmes dans la vie politique. En effet, pour avoir vécu les élections de mon pèrecomme conseiller municipal dans une petite commune, j'ai connu le panachage aussi appelé "tir au pigeon" et je me souviens que cela était très difficile à vivre. De plus, l'image du politique dans l'inconscient collectif est un homme. Si on veut réellement casser les codes, la loi par liste paritaire dès 0 habitants serait salutaire pour les femmes.

Pensez-vous qu’une présence équilibrée entre femmes et hommes apporte quelque chose de différent dans une assemblée ? Pouvez-vous éclairer votre réponse positive ou négative par un ou des exemples vécus.

Sans aucun doute, les femmes apportent un regard différent sur les sujets les plus divers donc à l'évidence dans la vie citoyenne. Comme exemple, ayant été institutrice, je prendrai l'expérience dans une classe, où par petits groupes, les enfants devaient construire une ville avec des pièces de construction. Les groupes de filles avaient construit une école, une église, une salle de sport, les équipes de garçons s'étaient concentrées sur les ponts, les autoroutes. Les groupes mixtes avaient relié structures et infra-structures. La preuve était faite que des groupes mixtes c'était très important. Pour le monde politique réel, les femmes s'investissent, sont méthodiques... et c'est très apprécié par les hommes. Enfin, il est des sujets comme les violences faites aux femmes qui ne trouvent pas dans un conseil d'hommes l'écoute nécessaire. Je viens de préparer une question sur ce sujet pour savoir comment on gérait le problème dans ma ville, ce sont mes deux co-listiers qui se sont élevés pour m'empêcher de poser la question !

A une femme hésitant à se porter candidate, quels conseils donneriez-vous, quant aux bonheurs et difficultés dans l’exercice d’un mandat ?

La première chose c'est pour moi la conviction que chacun.e doit faire sa part pour son pays. Ensuite, il faut que les femmes soient "à la table" pour les décisions, construire le présent et l'avenir de sa commune. Être élue, c'est un statut qui donne aussi des droits à la formation, droit d'exprimer ses pensées, qui repousse nos limites, qui fait grandir. J'ai dans ma vie publique accompli des choses dont je ne me serai jamais crue capable. Aujourd'hui au terme du deuxième mandat, je peux dire que mon engagement m'a révélée, quel que soit mon avenir, car en politique, rien n'est jamais figé.

Le 6 juillet 2019

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Trois mêmes questions à M., conseillère municipale dans une commune des Yvelines de 19 000 habitant.e.s, au sein de la Communauté d’agglomération de Saint Quentin-en – Yvelines.

Sur l’extension par la loi de l’exigence de parité à toutes les communes

Évidemment ce serait une avancée. On a vu l’évolution lente de la représentation des femmes grâce aux diverses lois votées. On avance à petits pas !

On sait également que sur les 35 000 communes, environ 25 000 ont moins de 2000 habitant.e.s (soit 73,5 % des communes) ce qui augmenterait nettement le nombre de femmes dans la gestion des communes ! 

 

Sur l’apport qualitatif d’une représentation équilibrée entre femmes et hommes

 

Théoriquement, la parité devrait apporter beaucoup dans un conseil municipal notamment l’égalité des droits politiques entre les femmes et les hommes !

Mais cela dépend de la personnalité du maire. Mon maire et son 1er adjoint sont des hommes, et ils s’accaparent toujours le pouvoir et la paternité du travail fait par les femmes.  

Il faut faire évoluer certains comportements et faire comprendre et accepter que nous pouvons, nous femmes prendre la parole et présenter notre travail d’élue.

Nous ne sommes pas sur les listes municipales uniquement pour faire appliquer la parité et nous pouvons être aussi compétentes voir incompétentes que les hommes.

C’est ce que je regrette en tant qu’élue d’opposition dans ma commune.

Quels conseils donner à une candidate hésitante ?

Ce que je dirais en premier c’est qu’il faut y aller. C’est une très belle expérience au service de notre ville. Attention, comme les hommes sont réticents à partager leur pouvoir il faut savoir s’imposer et exprimer vite ses désirs dès le début de la campagne.  En tant qu’adjointe, on nous réserve souvent le social, la petite enfance, la culture… si cette décision vous convient, pas de problème mais si vous souhaitez autre chose, il faut tenir bon pour faire accepter votre choix ! Il faut savoir prendre sa place et ses responsabilités c’est ce qui est assez difficile.

Autre difficulté, l’articulation des temps de vie qui n’est pas toujours évidente à gérer. Il faut que le conjoint soit partie prenante et qu’il prenne sa part dans la répartition des tâches. Selon la taille de la commune, il faudra peut-être adapter son activité professionnelle.

 

Le 10 juillet 2019

 


Trois questions à Hubertine, conseillère municipale dans une commune de 21 000 habitants.

1.Le système d’élection au suffrage universel par liste paritaire, que la loi étendrait à toutes les communes, y compris celles de moins de 1000 habitants vous paraît-il un bon moyen pour augmenter le nombre d’élues en 2020, et pourquoi ?

Après la loi du 6 juin 2000 qui imposait une contrainte paritaire pour la première fois, il y eut plusieurs lois contraignantes successives et toutes ont donné des progrès indéniables pour la parité.  Nous héritons d’une histoire française qui fut particulièrement excluante pour les femmes et il faut des lois pour modifier les habitudes et les mentalités et avancer vers la modernité d’une représentation équilibrée des hommes et des femmes, citoyennes théoriquement à égalité avec les hommes depuis 75 ans. Ce constat est valable dans toutes les communes. Pourquoi les communes de moins 1000 habitants seraient-elles soumises à des lois différentes dans la République ? Actuellement elles n’ont aucune contrainte et la sous-représentation des femmes y est flagrante et injuste : 35% de conseillères et 20% d’adjointes seulement ! La remarque et la critique « on ne trouvera pas de femmes pour des listes paritaires » n’est pas justifiée. On a toujours trouvé des femmes, avec des compétences qui furent ensuite reconnues et utilisées après l’élection.

Une loi imposant listes paritaires et exécutifs paritaires est un bon moyen, voire actuellement l’unique moyen. Et cette loi est urgente ! La proposition de loi « pour plus de parité à l’échelle locale » déposée le 20 mars par la Présidente de la Délégation droits des femmes de l’Assemblée nationale va dans ce sens. Pourquoi depuis 4 mois ne fut-elle pas prise en considération par le gouvernement ? Pourquoi ne serait-elle pas accrochée au projet de loi « engagement et proximité » de S. Lecornu et ainsi mise au vote rapidement ? C’est une nécessité et une urgence.

2-Pensez-vous qu’une présence équilibrée entre femmes et hommes apporte quelque chose de différent dans une assemblée ? Pouvez-vous éclairer votre réponse positive ou négative par un ou des exemples vécus.

-D’abord, la parité dans un conseil municipal est l’affichage symbolique et fort de l’égalité f/h. Elle doit exister déjà pour cela. Et elle sera aussi une voie pour des modifications positives dans les rapports sociaux entre les sexes

-D’autre part, les femmes ont à apporter de leur expérience de vie et professionnelle. Il faut reconnaître, respecter et utiliser leurs compétences. Les exemples de ces 20 dernières années montrent statistiquement qu’elles sont tout aussi compétentes que les hommes. Pourquoi se priver de leurs compétences ?

Elles sont susceptibles de pointer des manques en matière de services, d’horaires, d’organisation parce que les habitudes sociétales sont telles qu’elles gèrent souvent tout particulièrement la vie domestique et en connaissent bien les difficultés ; on décèle des changements dans l’organisation des familles ces derniers temps … et tant mieux ! 

Particulièrement conscientes des inégalités de salaire et de promotion dans le monde professionnel, des violences diverses faites aux femmes, des restes du sexisme des siècles derniers, elles peuvent proposer, impulser des actions municipales en faveur de l’égalité f/h (prévention, éducation, remèdes). Par exemple mise en œuvre effective, voire originale ambitieuse, de l’article 61 de la loi du 4 aout 2014 par communes et EPCI de plus de 20 000 habitants.

Particulièrement touchées par l’invisibilité des femmes dans le langage, elles peuvent proposer des modifications dans les vieilles habitudes de langage officiel qui oublient que l’humanité est faite d’hommes et aussi de femmes. Et mettre sur un plan d’égalité femmes et hommes dans le langage a une portée symbolique et éducative forte : c’est affirmer l’égalité. 

3-A une femme hésitant à se porter candidate, quels conseils donneriez-vous, quant aux bonheurs et difficultés dans l’exercice d’un mandat ?

-Il y a la satisfaction de participer à la vie citoyenne, d’œuvrer pour la commune, de s’apercevoir qu’une femme a des idées et des compétences pertinentes et utiles. A la question « serai-je capable ? », la réponse est « oui ».

-Il y a aussi la question « aurai-je le temps ? » et l’incontournable conciliation vie familiale, vie professionnelle et vie d’élue avec ses réunions nombreuses.

Il est envisageable de négocier les horaires et la durée des réunions après les élections.

Parlez en amont avec votre entourage de votre son choix et de votre décision personnelle. Votre entourage pourra partager à la fois les moments gratifiants et les moments moins faciles de votre mandat.

Se renseigner sur les retombées bénéfiques du statut de l’élu.e et les utiliser pleinement sans culpabiliser ( formation, indemnités, aides, autorisation d’absences professionnelles, temps partiel avec protections suffisantes pour l’après mandat à envisager ) . Vous travaillez pour la collectivité !

Le 25 juillet 2019